27 août/Actualités/Nouvelle d’après les photos de Marck Drew/Manichino : Pour ne pas embarquer sur un bateau avec destination…

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27 août/Actualités/anasillage/Manichino, « voyageur immobile », nouvelle écrite d’après les photos de Marck Drew… « Pour ne pas embarquer sur un bateau avec destination je décidais de prendre un billet pour une exposition »… Photo :  roue au Jardin des Poètes, Béziers.

27 août/Actualités/anasillage/Manichino, « voyageur immobile » qui a du temps à prendre… MANICHINO : 

Pour ne pas embarquer sur un bateau avec destination, je décidais de prendre un billet pour une exposition. Au matin, je poussais une grille, certain de pouvoir revenir sans rien avoir changé, prêt à vivre l’aventure au tarif de 4,50 euros.

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« Voyageur immobile » qui a du temps à prendre, je promenais mon regard sur les couleurs du monde -drinks, ice creams, sundaes and cones- lorsque, dans une secousse, l’océan me prit en noir et blanc.

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Emporté malgré moi, je me heurtais bientôt à des hommes alignés qui me tournaient le dos. Soulevé de terre, le cosmos m’envolait dans sa ronde et, comme un boomerang qui se retrouve au sol, je me trouvais aussitôt éperdu au milieu de poupées en uniforme jaune.

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Des cyclopes inquiétants qui ne fixaient qu’eux-mêmes, prêts à jeter la foudre, une roue en forme de visière à leur front attaché. Je tirais vite le rideau pour les faire prisonniers et sauver ma personne. Effrayé du manque de COMMUNION ou de COMMUNICATION, je rebroussais chemin pour retourner chez moi et rejoindre mon histoire.

Je trouvais ma maison isolée et ignorée du monde, pour me mettre à l’abri de toutes les tempêtes et me réconcilier avec ce que j’étais. Médias interposés entre oeil et objet, je regardais le monde à la double casquette, MANICHINO sans visage comme marionnettiste. Mais l’océan contraire me soulevait de terre pour la seconde fois. Je retrouvais la ronde.

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La roue figée et saisie à la fois dans sa puissance de chatouiller le ciel me faisait regretter de ne pas être artiste. J’enviais le photographe avec son objectif qui avait su se montrer assez grand pour donner ce moment où l’homme s’acoquine aux dieux.

Je voyais trop grand et poussant plus avant mon esprit, si objectif qu’il soit, je comprenais soudain que j’avais sous les yeux, sublimé par l’artiste, un simple divertissement. Un Bonheur de vivre, un certain Âge d’or, une quête d’Absolu.

Une roue dans sa ronde : recherche du plaisir, harmonie parfaite, objectif essentiel de l’existence humaine, idyllique illusoire. Cette roue à l’arabesque parfaite, au rythme régulier, une course sans fin pour échapper  au temps ; étrange incantation pour cet homme-serpent, occupé jour et nuit à se mordre la queue de peur de disparaître, de peur du déplaisir.

Comme un soleil dans la nuit cette roue emportait avec elle dans des éclats de rire, et la crainte surtout, tout le genre humain qui faisait corps avec elle dans une méditation. L’Homme aime les sensations de son monde moderne, cette grande kermesse où Il se veut au centre de tout en jouant au mouton qui suit des diktats qui peuvent tout consumer, tels que CONSOMMATION.

Je n’étais pas différent de tous ceux qui se mêlaient aux autres. Faire son chemin en dehors des codes relève de l’héroïsme. Je n’avais pas vocation au sacrifice de moi pour me risquer à sauter d’un bateau que je ne prendrais pas.

Mais l’océan jaloux de me voir si près des dieux souhaitait ma perdition.

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Je me cachais de lui et rejoignais ceux qui tournaient le dos et qui ne parlaient pas.

Perchés sur leur tabouret comme sur un piédestal, noyés dans des vapeurs étranges, des hommes sans visage adoraient leur ombre invisible projetée sur le mur par les lustres du plafond, fantasme de géants qui admirent leur oeuvre. Étrange cathédrale où chacun d’eux se vouait à s’adorer lui-même dans une gymnastique assidue, une ascèse à plein temps.

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J’avais tort d’émettre une telle opinion car aussitôt mon regard se portait sur une enseigne. Dans une mandorle, en lettres lumineuses, GRAND FORMAT, je pouvais lire : HOT POPCORN, icône d’aujourd’hui qui surmontait l’entrée d’un des temples où l’on peut adorer un dieu au Panthéon des pains à consommer, vision subliminale de l’hostie quotidienne : penser à ranger tiroir « peut toujours servir », à la case « désir ».

Puis, voyageur immobile au don d’ubiquité je me transportais sans difficulté dans un lieu sauvage. Chef d’une quelconque tribu, j’étais assis sur une pierre sacrée où était consigné en signes obscurs le principe évident : « ADORATION SAN FAILLE », auquel chacun de mes sujets devait se conformer en nourrissant son âme des fruits qu’il m’apportait.

Craignant de trouver vite l’ennui dans cette position, je cherchais une image à laquelle m’accrocher, une image poétique qui me réconcilierait avec la société, surtout avec moi-même.

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Me plaisant dans mon rôle de voyageur immobile, j’observais depuis mon trône les visiteurs qui allaient d’une photo à l’autre en s’extasiant sur l’artiste comme sur son travail : « maître de la lumière », entre « lumière et image » « qui regarde la lumière. » Bref, tous les lieux communs.

L’un d’eux était volubile sur un corps rendu « entre ombre et lumière », « entre clair-obscur. » Ce n’était pas ma tasse de thé et je ne pouvais pas m’opposer par quelque discours savant à l’art de l’orateur. Je m’approchais pourtant avant qu’elle ne refroidisse, préférant déceler une tout autre alchimie dans la femme allongée près de la femme assise à côté de la maison isolée.

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Le sujet abordé était celui de la femme-objet, un terrain de jeu fait pour les plaisirs.

Je voulais y voir davantage et aller au-delà de celle qui s’offrait aux regards sans donner son visage. L’idée d’un temple différent, sorte de tabernacle se suffisant à lui-même, cocon protecteur qui garde ses distances, me semblait sous-jacent.

Mes sens en éveil se voyaient submergés d’intenses émotions…

Dans la musique douce des lignes de son corps qui m’invitait à m’attarder un peu et qui m’enveloppait, j’entendais l’artiste déchiré, un compas à la main, entre réflexion et esthétisme utile ; virtuose qui s’emprisonne en toute objectivité à suggérer au monde une vision de ce Beau idéal, extrême raccourci de cette perfection plastique de déesse d’amour, divin inaccessible.

J’imaginais aussi un  homme attaché qui avait façonné l’Amour qui se repose dans cette statue d’argile.

J’étais avec lui dans l’objectif et je m’émerveillais de ce simple bonheur de désir sublimé.

Enfin, heureux et fatigué, je rentrais chez moi pour regarder, médias interposés entre oeil et objet, le monde dans ma lunette.

Hélas, déçu par le retour, rongé par le désir de revoir l’océan, je voulais repartir et reprendre un billet.

Je m’endormais un peu pour me faire emporter à mon temps suspendu…

L’océan m’engloutit avec les dieux complices : ULYSSE DANS MON SALON.

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Mark Drew est un photographe d’art et de mode à New York, à Miami et en Europe. Mark Drew est un voyageur et un observateur. A travers ses clichés en noir et blanc, il nous invite à découvrir d’autres cultures, nous entraîne vers d’autres horizons.

logo fond noir petit Brigitte Crespo

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