Actualités/J-13/PACHA, amour et sac à dos/Les femmes boliviennes?Qui sont-elles? Que veulent-elles?

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15 janvier 2013, après 24 heures de voyage La Paz.

J’ai  hâte d’arriver à l’hôtel Condeza où nous conduit le taxi. Il est 4 heures du matin…

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« Chola aymara » qui descend depuis l’Altiplano à La Paz. Elle porte le costume traditionnel, coiffée de deux tresses noires et d’une robe aux trois volants d’origine espagnole, janvier 2013.

Le taxi roule dans La Paz « Ciudad rosa » qui n’est pas encore rose. Le chauffeur échange quelques politesses : « d’où venez-vous? Connaissez-vous la Bolivie? » Mon espagnol étant ce qu’il est je laisse à mon fils qui m’accompagne le loisir de répondre.  Je me contente d’observer la rue quand je suis soudainement intriguée par une chose qui se déplace devant nous que le taxi dépasse rapidement, c’est une femme tressée et chapeautée, une femme chargée comme une mule.

J’interroge mon fils : « c’est une « chola aymara » qui vient en ville pour vendre son chargement. » J’apprends qu’elle vient avant le lever du jour pour prendre sa place avant les autres femmes qui, comme elles, passeront la journée assises dans la rue.

J’ai eu le loisir pendant plusieurs semaines cette année 2013, comme l’année suivante, de suivre et de capturer dans mon appareil photo ces « cholas » tressées et colorées ; j’ai eu le bonheur d’admirer ces femmes magnifiques et industrieuses, ces femmes courageuses de La Paz.

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Chola, avenida Illampu, centre ville de La Paz, janvier 2013.

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Cholas, Altiplano, au-dessus de La Paz.

Que veulent ces femmes des rues de la « Ciudad rosa »? Que veulent ces femmes qui font vivre leur famille dans une vie de labeur qui tourne toujours dans le même sens? Que veulent les femmes de La Paz et toutes les femmes boliviennes qui portent chaque jour sur elles les couleurs de la vie pour lutter contre l’inégalité dont elles sont victimes au quotidien.

VIOLENCE FAITES AUX FEMMES ET AUX FILLES

Près de 52 % de la population en Bolivie sont des femmes. Ce sont les victimes de violences physiques au sein-même de leur entourage familial, des victimes qui ont peu accès à la vie économique du pays.

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Mère et fille, lessive dans le caniveau et gaz d’échappement, calle Murillo, centre ville, janvier 2013.

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Mère et fille qui mendient la nuit, centre ville de La Paz, janvier 2013. 

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Fille qui danse et chante la nuit sous la surveillance du père à gauche, calle Sagarnaga, centre ville La Paz, janvier 2013.

Inégalités entre hommes et femmes

Dans un système patriarcal et une société machiste aux traditions millénaires ancrées dans la terre « del campo », où le quotidien est difficile pour les femmes boliviennes -52 % de la population sur 10 millions d’habitants- ont du mal à se défendre et à s’affirmer en tant que femmes, à commencer dans un corps qui ne leur appartient pas.

Si la Bolivie a fait des progrès dans la protection des femmes visant à garantir l’égalité entre hommes et femmes et à protéger les femmes contre la violence, le chemin est encore long du fait d’actions qui manquent d’efficacités et par manque de moyens financiers.

Rapport des Nations unies sur la Bolivie en 2013 : le « pire pays d’Amérique du Sud » en matière de violence faites aux femmes.

« 7 Boliviennes sur 10 ont déjà souffert de violences dans leur vie, de violences qui se jouent au sein du premier groupe ; violences familiales dont les enfants sont victimes pour 75 %. »

La société se mobilise et le gouvernement d’Evo Morales tente de mettre en place un outil législatif qui durcit les peines pour ce genre de crime.

Pauvreté entraîne Alcoolisme. Pauvreté, Alcoolisme et Jalousie entraînent Violence psychologique ou physique.

Martha Cruz Aguirre -photo ci-dessous- a 34 ans, 6 enfants, 4 garçons, 2 filles dont Betty ma filleule âgée de 14 ans aujourd’hui. Son mari Eugenio est mineur dans la montagne « mangeuse d’hommes » le Cerro Rico. Alcoolique, il dépense l’argent gagné dans la boisson. Martha très courageuse travaille en revendant des fruits et des légumes pour nourrir la famille.

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Maison de la famille Cruz Aguirre, quartier Pailaviri, au pied du Cerro Rico, Potosi, février, 2014.

Qu’elle s’appelle Martha de Potosi,

Dionicia de Markawi -dont la mère a connu le travail forcé aboli seulement en 1952-, Dionicia qui a gardé les moutons dans sa jeunesse, car il n’y avait pas d’école, et qui se rebellait contre les mauvais traitements endurés et les humiliations,

la femme bolivienne a peur et ne se défend pas souvent comme l’a fait Dionicia par crainte de représailles.

Le manque de communication et les problèmes économiques sont au coeur du problème de la violence dans les couples et les familles.

Les femmes et les filles, issues de minorités indigènes, sont les principales victimes de violences et d’abus sexuels allant jusqu’au viol et menaces de mort.

La société se mobilise et le gouvernement d’Evo Morales tente de mettre en place un outil législatif qui durcit les peines

« Violence physique, violence psychologique, violence économique, coups, insultes, offenses, dénigrement. Tout découle du pouvoir que l’homme cherche à exercer sur la femme, sur sa compagne », de Paola Guttierez, assistante sociale de l’association « Femmes en quête de justice. »

Physique ou psychologique, la violence paralyse l’évolution et le développement de la femme et de la fille.

FORMATIONS DES FEMMES ET DES FILLES

La thématique du genre en matière de formation n’est pas à ignorer même s’il ne s’agit pas d’opposer l’homme à la femme, chacun d’eux ayant un rôle à jouer quant au développement de cette dernière.

Redonner un rôle social aux filles indigènes qui ne vont pas à l’école par la formation est l’une des actions mises en place pour leur redonner leur droit.

2011 : Plan Bolivie a mis en place des projets qui visent à améliorer les revenus des femmes qui exercent une activité économique et à offrir aux adolescentes des formations professionnelles pour qu’elles deviennent autonomes économiquement et socialement plus actives. La situation des filles en Bolivie -publié le 08-09-2011 par PLAN-.

Pasocap de Potosi, association dirigée par le padre Marco Abascal, a mis en place avec « las hermanas del campo » des ateliers de tissage et de tricot dans leurs locaux que j’ai eu le loisir de visiter, guidée par le jardinier José-Luis, sans pouvoir rencontrer les jeunes filles du fait des vacances scolaires.

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Communauté « las hermanas », en dehors de Potosi, photo prise depuis l’intérieur de la salle d’apprentissage tricot, janvier 2014.

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Communauté « las hermanas », en dehors de Potosi, salle d’apprentissage tricot, janvier 2014.

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Sacs en aguayo -tissu traditionnel aux motifs de la Bolivie-, fabriqués par les apprenties de la communauté « las hermanas », janvier 2014.

SCOLARITE

Certaines familles peuvent offrir d’étudier à leurs enfants comme Maxima et Jésus de La Paz pour leur fille adolescente qui est au lycée, et qui à la chance d’apprendre en sus le violon pour lequel elle est douée…  Tout d’eux font beaucoup de sacrifices malgré les soucis de la petite entreprise et les touristes désargentés, comme m’a confié Maxima qui ouvre chaque jour de 11 heures du matin à 20 heures du soir sa « tienda » en location, calle Linares, où elle vend au milieu de mille choses les tricots de ses soeurs et les tissages en laine d’alpaga de son mari qui travaille de son côté dans leur maison de l’Altiplano.

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Maxima dans sa tienda de la calle Linares, entourée de jolis aguayos traditionnels aux couleurs et aux motifs variés, de ponchos et de ruanas tissés par Jésus, février 2014.

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Jésus tisse une écharpe en alpaga dans son atelier attenant à l’habitation.

TRAVAIL DES FEMMES

Microcrédits 

Dans une société patriarcale et machiste la violence est d’autant plus en hausse du fait que les femmes veulent participer de plus en plus à la vie publique et s’émanciper par le travail ; travail où l’inégalité est d’autant plus flagrante entre les genres quand une femme gagne en moyenne 97 dollars par mois contre 395 dollars pour un homme.

Grâce à la mise en place de microcrédits, alors que le travail du mari n’est plus suffisant, des femmes en milieu rural s’emploient à développer leur propre activité pour apporter leur soutien au foyer et plus encore aux enfants : magasins de marchandises, commerces équitables qui tentent de lutter contre les monopoles des grands commerçants ; programme « semence » d’oignons ; élaboration d’aliments dérivés du quinoa.

Les hommes ne l’entendent pas ainsi : « mais puisque vous voulez changer, pourquoi n’allez-vous pas aussi construire des routes, comme nous?

Les femmes ayant obtenu un microcrédit ont amélioré leurs revenues de 58 à 263 % et ont réussi à réduire la pauvreté de leur communauté.

Depuis 2009, Mission Potosi distribue les bourses scolaires aux enfants de mineurs ; et les micro-crédits aux mamans, qui ont des enfants dans les centres d’accueil, pour des ateliers de cuisine, de boulangerie, de couture, pour des cours d’alphabétisation indispensables à la pérennité des entreprises.

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Mission Potosi, photo.

Message d’Adrienne Besson, présidente de Mission Potosi :

Les étudiants seront présents sur place le 3 juillet.

Sur place, nous allons comme chaque année nous rendre auprès de Pasocap et Cepromin, et évaluer leurs besoins en santé, en infrastructures, octroyer les bourses scolaires qui doivent être versées, et faire des microdons aux mamans qui auront des projets que nous pourrons financer avec l’argent qu’il nous restera. Nous devrons aussi signer les contrats et verser les salaires de l’éducateur de Pasocap, et des deux infirmières dont nous assurons les salaires à Cepromin. Pour l’instant le planning de la mission reste le même que ceux des années précédentes, les étudiants feront peut être aussi une sortie dans la nature avec les enfants comme nous avons pu le faire l’année dernière, cela leur avait beaucoup plu ! Adrienne Besson a été remplacée en mai 2017 lors du renouvellement du bureau par Charlotte Dutemple, directrice de la mission de juillet.

MIGRATION

La Bolivie est un pays enclavé et fait partie avec le Paraguay des pays sans mer du continent sud-américain. En 1825 lors de son accès à l’indépendance la Bolivie n’est cependant pas sans littoral ; sa peau de chagrin va diminuer de 2,5 millions à 1 million de km2. La perte du littoral au profit du Chili en 1878 contribue à la menace de la survie de la Bolivie et c’est pour refuser que le gaz soit exporté par le Chili qui a « volé la mer bolivienne » que les Boliviens sont descendus dans la rue.

La faible densité en matière de population contribue à l’incapacité d’occuper ses périphéries. 8 habitants au kilomètre carré, la population étant très inégale (les principales villes sont La Paz, Cochabamba, Santa Cruz), la Bolivie n’a jamais été un pays d’immigration. Pays peu peuplé, pays enclavé, la Bolivie est divisée par des liens de fractures cultures, sociales et régionales.

Les autorités boliviennes s’inquiètent du phénomène migratoire féminin. Dans le phénomène migratoire naturel c’est l’homme qui migre, mais depuis de nombreuses année on assiste à un processus de féminisation de la migration.

De 2001 à 2009, le nombre d’immigrés en Espagne a été multiplié par 34.

25 % de femmes sont à la tête des familles et doivent résoudre les problèmes économiques et matériels. La crise et la pauvreté poussent ces femmes à migrer. Les femmes représentent 56 % de la population bolivienne vivant en Espagne.

L’argent envoyé en Bolivie par les émigrés représente une somme considérable pour la Bolivie, seconde rentrée financière après les revenus de la vente des hydrocarbures. Les femmes y participent pour près de 60%.

Migration retour en Bolivie

2005 : la migration récente des Boliviens, où l’Espagne est à partir de 2005 le principal destin européen, est destiné principalement aux activités domestiques et aux soins aux personnes pour les femmes ; au bâtiment et à l’agriculture pour les hommes.

2008 : depuis la grande récession en Espagne, les retours des femmes en Bolivie dans leur localité d’origine ont été influencés soit par l’idéologie du genre et la division sexuelle du travail ; le résultat d’une expérience à l’étranger ayant échoué en termes de gains attendus, d’emploi et de durée ; le fruit du succès comme l’atteinte de l’objectif envisagé.

Pour les femmes, le retour dans leur localité de départ est lié à la prise en charge de leurs enfants et parents ou à la création grâce aux microcrédits qui contribuent à des créations d’auto-entreprises.

Les hommes ont plus de facilité pour s’adapter au marché bolivien, car ils ont souvent pu acquérir une formation dans le bâtiment tandis que les femmes restaient reléguées aux activités de service et de soins à la personne et n’ont pu acquérir de formations additionnelles.

« Il faut une année entière à Madame Isabelle pour commencer à s’intéresser à Azul et à lui poser des questions sur sa vie… » Soeurs de Miséricorde, Colombe Schneck, Editons Stock.

Histoire racontée de Azul qui fait ses pas en Europe depuis les contreforts des Andes dont elle est originaire, qui illustre la situation des familles déstructurées de Bolivie autant que celles des milliers de sans-papiers exploités en silence dans les appartements bourgeois en Europe.

C’est ainsi que de nombreuses femmes dans les rues de La Paz ou d’ailleurs en Bolivie vendent de multiples articles, de la chaussette au parka…

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Vendeuses, calle Mariano Graneros, La Paz, 2014.

 

2017 : la Bolivie a fait de grands progrès dans la protection des femmes au cours des dernières 10 années en adoptant des lois qui visent à garantir l’égalité entre hommes et femmes et à protéger les femmes contre les violences.

La Bolivie engagée pour appliquer de façon appropriée de nouvelles lois pour réaliser des changements transformateurs?

Certainement car la Bolivie est soutenue dans cet effort par les femmes qui occupent désormais 53,1 pour cent des sièges de l’Assemblée législative de Bolivie et 47,2 pour cent du Sénat.

Tout reste à faire cependant afin que les femmes et toutes les filles de Bolivie, présentes et à venir, ne subissent plus de discriminations et de violences quand leur pays s’est engagée à mettre en oeuvre toutes les ressources humaines et économiques pour elles, qu’elles soient femmes ou filles rurales et urbaines.

 

logo fond noir petit (1) Brigitte Crespo

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Droits des femmes 

<a href= »http://droitsbolivie.over-blog.com/2015/12/en-bolivie-le-quotidien-des-femmes-n-est-pas-toujours-facile-elles-sont-malheureusement-parfois-victimes-d-inegalites-comme-par-exem#ob-comment-ob-comment-90661243″target= »_blank »>LES DROITS DE l’HOMME EN BOLIVIE

Migration des femmes

<a href= »http://geoconfluences.ens-lyon.fr/doc/transv/Mobil/MobilScient3.htm »target= »_blank »>Mobilités, flux et transports

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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