Caravane solidarité Grèce

Débriefing d’un convoyeur-bénévole

Publié le 20 avril 2017

J’ai rencontré pour la première fois le convoyeur-bénévole afin de lui confier quelques petites choses pour les enfants de Grèce : du lait en poudre, des couches et des petits pots.
Aide bien dérisoire aux vues du manque abyssal en produits de première nécessité de nos voisins et amis grecs.

Une nouvelle rencontre a eu lieu avec lui à son retour pour un débriefing devant un café.

Décor planté…

Mardi 11 avril, il est 15 hs dans cette brasserie de Béziers aux accents d’Italie. Attablé face à moi devant son café presque froid, les yeux bleus rivés à la vitre, le convoyeur-bénévole lutte, dans une joute perdue d’avance, avec soleil éblouissant sur tapis azur d’un ciel clair de printemps. Il se souvient, l’autoroute… le bateau… l’arrivée à Athènes :

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  • « Grâce au collectif Anepos, Grèce, Caravane Solidarité, sous couvert de l’association Les Enfants de Coluche, le 25 mars dernier, j’ai acheminé avec d’autres convoyeurs différentes choses de première nécessité à nos voisins grecs. 21 fourgons et 50 conducteurs, plus 5 enfants pour un départ d’Albi dans le Tarn, départ relayé par Canal +, journaux et même consulat. Trois jours de voyage jusqu’à Athènes : 1 jour de Modane à Ancône, 1 jour de bateau où nous avons tous été relégués dans la boîte de nuit, 1 autre jour de Patras à Athènes, destination finale. »
  • Migration incognito -façon disco- pour Athènes, l’ancêtre des démocraties modernes, qui n’a plus que le pouvoir de subir une crise qui s’éternise. Les dieux ont déserté la citadelle rendue à tous les vents. Ils regardent de plus haut Athènes la moderne. Les problèmes des Athéniens et des Grecs sont histoire d’hommes, affaire de mortels.
  • « Arrivée drapeaux rouges et noirs. J’aurais préféré plus de discrétion. La 1er chaîne de télévision grecque mélange nos images avec d’anciennes images. Des convoyeurs sont inquiétés par la police.
  • Grèce, Caravane Solidarité a acheminé des tonnes de marchandises : pour l’hygiène et la santé, de la brosse à dents au petit matériel paramédical ; pour les bébés, du lait infantile jusqu’aux vitamines ; pour la base alimentaire, du ris, des biscuits, etc ; mais aussi du « financier » et de nombreux messages de soutien. »
  • « On décharge d’un entrepôt à un appartement, on ventile ainsi de dépôts en dépôts improvisés pendant quatre à cinq jours. Je fais les médicaments dans les dispensaires. 25 médecins bénévoles réceptionnent. Beaucoup de manutention, on décharge, on recharge. Tout est stocké de manière aléatoire. Dans le fourgon voisine frigo, lait pour bébé avec médicaments. »
  • La rigueur budgétaire touche cruellement les Grecs qui vivent une catastrophe humanitaire où les plus fragiles sont comme toujours les enfants et les plus âgés. Les démunis qui croissent sans cesse subissent une outrageuse tragédie qui ne se joue plus dans l’amphithéâtre. Les Grecs se rendent à la soupe populaire comme divertissement premier à leurs maux. La scène c’est la rue où l’écho de la misère ne cherche pas les lauriers de la gloire, mais glisse, discrète et muette, le long des murs lustrés des doigts usés de s’y user. 45 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. 35 % des Grecs n’ont plus de couverture maladie.
  • « L’étau se resserre et écrase entre migrations et problèmes sociaux. »
  • Les impératifs de l’archéologie, on suit le protocole : Grand A, on déracine ; petit a, on creuse. Migration jetée sur tapis volatil ou gluant, où règne le chaos. Les jeux sont faits :  Turquie pour 3 Milliards. Les problèmes sociaux? Joués à la roue de fortune, dans un 3° redressement structurel qui ne fait plus crier une souffrance qui a perdu sa voix.
  • « Bourgeoisie et Eglise, ne veulent ou ne peuvent pas grand-chose. »
  • Le 7 avril, le gouvernement grec a cédé aux exigences de la zone euro et du FMI, un répit jusqu’en juillet. Les paris sont ouverts, banqueroute c’est quand, quand « l’humiliation précède l’effondrement. » Vivement l’hallali.
  • « J’ai fait ma part comme le colibri mais je ne suis pas certain que cela change les choses. Une pierre à la mer. »
  • Le convoyeur-bénévole boit son café froid. Il a fait sa part. Il convient tout de même se méfier car une pierre jetée dans le port du Pirée peut faire des ricochets.

Brigitte Crespo

Anepos action- Blog

les Enfants de Coluche

Crise humanitaire en Grèce / Secours populaire

Grèce : l’humiliation précède l’effondrement – CONTRETEMPS

Une réflexion sur “Caravane solidarité Grèce”

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